Dossiers législatifs

LOI n° 2004-669 du 9 juillet 2004 relative aux communications électroniques et aux services de communication audiovisuelle

Exposé des motifs

Ce projet de loi s'inscrit dans une vaste réforme de la réglementation applicable aux activités de télécommunications engagée au niveau européen en 1999 et qui s'est traduite par l'adoption l'année dernière de six directives et une décision, souvent regroupées sous l'appellation de « paquet télécoms » dont le projet de loi assure la transposition en droit national. 

Les points clefs du nouveau cadre réglementaire européen sont les suivants : 

- confirmation de l'objectif d'établir une concurrence effective sur l'ensemble du marché des communications électroniques ;

 

- élaboration d'un cadre réglementaire harmonisé pour l'ensemble des réseaux de communications électroniques (audiovisuel et télécommunications), les contenus fournis sur ces réseaux restant soumis à des régimes distincts ;

 

- confirmation du rôle clé joué par les autorités de réglementation nationales (ARN) dans sa mise en œuvre ; 

- rapprochement des principes de la régulation sectorielle et de ceux du droit de la concurrence ; 

 

- renforcement de la coordination des ARN au niveau communautaire ;

 

- renforcement du pouvoir d'appréciation des ARN, avec en contrepartie un « droit de veto » de la Commission européenne sur certaines de leurs décisions.  

Élaboré à la suite d'une large consultation publique, le présent projet de loi confirme les principes de la réforme des télécommunications de 1996, qui a produit d'importants bénéfices pour les utilisateurs et a permis de conforter la place de notre pays parmi les plus avancés en matière de télécommunications : liberté d'exercice des activités de communications électroniques, service public, indépendance des fonctions de régulation et d'exploitation. 

En matière audiovisuelle, le présent projet de loi adapte au nouveau cadre juridique communautaire, modernise et assouplit les dispositions de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication relatives aux infrastructures de diffusion des services de radio et de télévision. Il modernise les conditions de la régulation du Conseil supérieur de l'audiovisuel. Les principes essentiels de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication sont ainsi maintenus. 

Ce projet de loi modifie principalement le code des postes et télécommunications, intitulé désormais code des postes et des communications électroniques, et la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication. 

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I. - Modifications relatives aux réseaux et services de communications électroniques 

A. - Le régime juridique des réseaux et des services de communications électroniques  

Le projet de loi modifie de façon profonde le régime juridique applicable à l'établissement et à l'exploitation des réseaux de communications électroniques et à la fourniture des services de communications électroniques avec deux objectifs : simplifier les conditions d'entrée sur le marché et tenir compte du rapprochement entre les secteurs des télécommunications et de la communication audiovisuelle. 

1° Simplifier les conditions d'entrée sur le marché  

La suppression des autorisations individuelles précédemment exigées pour certaines activités (établissement des réseaux ouverts au public, fourniture du service téléphonique au public, établissement des réseaux câblés) apportera un surcroît de dynamisme au marché. Les autorisations sont remplacées par une simple procédure de déclaration auprès de l'Autorité de régulation des télécommunications (article L. 33-1).

 Par ailleurs, les catégories réglementaires qui existaient précédemment sont fortement simplifiées afin de renforcer la sécurité juridique.

Pour les réseaux indépendants, un régime de liberté est établi (article L. 33-2). 

2° Harmoniser le régime juridique des infrastructures audiovisuelles et de télécommunications  

Grâce à la numérisation, les réseaux sont aujourd'hui capables de véhiculer des contenus et des services très variés relevant pour les uns des télécommunications et pour les autres de la communication audiovisuelle. 

Afin de tenir compte de ce rapprochement entre télécommunications et audiovisuel, les nouvelles directives européennes sur les communications électroniques définissent un cadre réglementaire harmonisé pour l'ensemble des réseaux de télécommunications et des réseaux utilisés pour la diffusion et la distribution des services de radio et de télévision ‑ regroupés sous l'appellation de « réseaux de communications électroniques » -, les services fournis sur ces réseaux restant soumis à des régimes distincts. 

Le projet de loi prend pleinement en compte cette convergence. 

A cet effet, une définition des réseaux de communications électroniques est introduite (article L. 32). Cette définition couvre l'ensemble des réseaux établis en application du code des postes et télécommunications et de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication : réseaux de télécommunications fixes ou mobiles, réseaux câblés, réseaux de diffusion hertzienne terrestre ou par satellite.

Tous ces réseaux seront dorénavant établis en application du code des postes et des communications électroniques, ceux assurant l'acheminement et la diffusion hertzienne terrestre ou par satellite de services de radio et de télévision restant toutefois soumis à un régime spécifique. 

Ainsi, les réseaux câblés seront établis dans le cadre de l'article L. 33-1 du code des postes et des communications électroniques. 

Les fréquences nécessaires à la diffusion de la radio et de la télévision resteront assignées aux éditeurs par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA) dans le cadre de la loi du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication. Toutefois, les réseaux de diffusion hertzienne terrestre ou par satellite, qui sont des réseaux ouverts au public au sens du 3° de l'article L. 32 du code des postes et communications électroniques, seront soumis à déclaration auprès de l'autorité de régulation des télécommunications (ART). 

L'article L. 33-1 définit les catégories d'obligations qui seront imposées aux opérateurs. Ces obligations seront fixées par un décret qui se substituera aux cahiers des charges actuels. Ce décret s'appliquera sur certains points aux réseaux de diffusion hertzienne terrestre et par satellite.

  B. - La régulation  

La loi du 26 juillet 1996 de réglementation des télécommunications a fourni aux acteurs du marché des règles du jeu claires et prévisibles et s'est révélée bien adaptée à l'ouverture à la concurrence du marché des télécommunications. 

Le développement de la concurrence et les transformations du marché (apparition de nouveaux services, comme l'accès à Internet à haut débit, développement de la téléphonie mobile etc.) rendent cependant nécessaire une remise à plat des mécanismes de la régulation. 

1° Les nouvelles modalités de régulation  

A cet effet, le cadre pour la régulation du marché des communications électroniques défini au niveau européen repose sur les principes suivants : 

- rapprochement avec le droit de la concurrence notamment à travers le recours aux notions de « position dominante » et de « position dominante conjointe » pour la définition des opérateurs exerçant une influence significative sur le marché ; 

- souplesse dans la définition des obligations des opérateurs exerçant une influence significative sur le marché, de manière à pouvoir adapter ces obligations au développement de la concurrence et aux transformations des marchés ; 

- renforcement de l'harmonisation européenne, grâce à des mécanismes de consultation entre les autorités de régulation nationale et la Commission européenne. 

Concrètement, la définition des obligations spécifiques pesant sur les opérateurs exerçant une influence significative sur le marché s'effectue dans le cadre d'une démarche en trois étapes, que le projet de loi reprend point par point : 

- identification des marchés pertinents pour la régulation ainsi que des obstacles au développement d'une concurrence effective sur ces marchés (article L. 37-1) ; 

- détermination des opérateurs exerçant une influence significative sur ces marchés (article L. 37-1) ;

- définition des obligations spécifiques imposées à ces opérateurs, nécessaires pour la réalisation des objectifs de la réglementation (article L. 37-2). 

Le projet de loi confie à l'Autorité de régulation des télécommunications cette responsabilité. Le Conseil de la concurrence sera associé, dans le cadre d'une consultation, à l'identification des marchés pertinents et des obstacles au développement de la concurrence et à la détermination des opérateurs exerçant une influence significative sur ces marchés. 

Les obligations pouvant être imposées aux opérateurs exerçant une influence significative sur le marché portent en priorité sur les prestations fournies par les opérateurs à d'autres opérateurs, c'est à dire les prestations d'interconnexion et d'accès au réseau.

Les notions d'interconnexion et d'accès sont définies à l'article L. 32 du code des postes et communications électroniques. L'accès a une portée large : il couvre notamment l'accès à des éléments de réseaux, comme la boucle locale ; l'accès aux bâtiments, gaines et pylônes ; l'accès aux équipements et logiciels servant à l'exploitation des réseaux ; les prestations nécessaires à la mise en œuvre de l'itinérance ou de réseaux virtuels. L'accès au réseau de diffusion hertzienne terrestre ainsi qu'aux réseaux câblés est désormais couvert par le code des postes et des communications électroniques. Celui-ci ne couvre cependant pas l'accès aux systèmes d'accès conditionnel pour les services de télévision, régi par la loi sur la liberté de communication. 

Les obligations en matière d'interconnexion et d'accès que les opérateurs exerçant une influence significative sur le marché peuvent se voir imposer sont définies à l'article L. 38 du code des postes et des communications électroniques. Elles recoupent celles qui existent dans le cadre réglementaire actuellement en vigueur. 

Dans le cas où les obligations en matière d'interconnexion et d'accès se révèlent insuffisantes pour réaliser les objectifs de la réglementation, les opérateurs exerçant une influence significative sur le marché peuvent se voir imposer des obligations relatives aux marchés de détail. Ces obligations, qui concernent essentiellement les tarifs pratiqués par ces opérateurs, sont définies aux articles L. 38-1 et L. 38-2 du code des postes et des communications électroniques. 

Grâce à ces dispositions, le projet de loi marque l'entrée dans une nouvelle phase de la régulation qui doit conduire graduellement au remplacement des règles sectorielles spécifiques par l'application du droit général de la concurrence. La régulation a en effet vocation à se réduire avec l'intensification de la concurrence et ne devrait pas s'appliquer aux marchés émergents, à moins qu'existent des obstacles durables au développement de la concurrence sur ces marchés, notamment la capacité des entreprises puissantes sur des marchés connexes à bloquer l'accès à de tels marchés émergents. 

2° Renforcer les pouvoirs et l'effectivité des décisions de l'ART  

Le projet de loi comporte plusieurs dispositions destinées à renforcer l'effectivité des décisions de l'Autorité de régulation des télécommunications. 

En premier lieu, outre la souplesse nouvelle dont elle disposera grâce aux mécanismes de régulation mentionnés précédemment, l'ART disposera de compétences élargies pour la régulation des services de détail, notamment en matière tarifaire. Ainsi, l'ART pourra s'opposer à la mise en œuvre d'un tarif contrôlé soit dans le cadre de la régulation soit au titre du service universel. Ce mécanisme d'opposition remplacera l'actuelle homologation des tarifs de France Télécom par les ministres chargés des télécommunications et de l'économie. 

En second lieu, plusieurs dispositions du projet de loi permettront de renforcer l'efficacité des interventions de l'ART. 

Ces dispositions concernent : 

- les pouvoirs d'enquête de l'ART (article L. 32-4) : confirmation de la possibilité d'effectuer des enquête sur place, dans les locaux des opérateurs ; 

- ses pouvoirs de sanction (article L. 36-11) : possibilité d'imposer, sans mise en demeure préalable, des mesures conservatoires et de demander au Conseil d'Etat, statuant en référé, d'enjoindre à un opérateur de se mettre en conformité et d'assortir son ordonnance d'une astreinte ; 

- le règlement de différends (article L. 36-8) dont la portée est élargie. 

C. - Le service public des communications électroniques et le service universel  

La transposition du « paquet télécoms » rend nécessaire une évolution des conditions de fourniture du service public des communications électroniques mais cette question est traitée dans le projet de loi relatif à France Télécom en raison de ses liens avec les conditions dans lesquelles cet opérateur peut employer des fonctionnaires. 

Le projet de loi relatif aux communications électroniques comporte donc uniquement les dispositions relatives à l'évolution du contrôle des tarifs du service universel, qui se traduira, comme indiqué précédemment, par la possibilité pour l'ART de s'opposer, lorsqu'elle l'estimera nécessaire, à la mise en œuvre d'un tarif relevant du service universel (article L. 35-2-1). 

D. - La gestion des fréquences radioélectriques  

1° Dispositions générales  

Le projet de loi regroupe les dispositions générales relatives à la gestion des fréquences radioélectriques dans le code des postes et télécommunications. 

A cette fin les articles L. 41 et L. 41-1 du code des postes et des communications électroniques reprennent les dispositions de l'article 21 de la loi du 30 septembre 1986 (répartition des fréquences entre les différents ministères et autorités affectataires) et de l'article L. 89 du code. 

Le mécanisme de financement du réaménagement du spectre, à travers le fonds de réaménagement géré par l'Agence nationale des fréquences, est consolidé. Toutefois, le dispositif spécifique au financement des réaménagements liés au lancement de la télévision numérique de terre et introduit par la loi de finances rectificative pour 2002 n'est pas modifié (article L. 41-2). 

Par ailleurs, les dispositions du code des postes et des communications électroniques relatives aux fréquences radioélectriques sont simplifiées par l'abrogation des titres VI et VII du livre II du code (article 25) et la création d'un nouveau chapitre 1 er dans le titre II du livre II (article 20). 

Les fréquences terrestres utilisées pour la diffusion de la radio et de la télévision restent cependant régies, en particulier pour leur attribution, par la loi du 30septembre 1986. 

2° Fréquences affectées à l'Autorité de régulation des télécommunications  

Un nouveau cadre est fixé pour l'assignation des fréquences par l'Autorité de régulation des télécommunications. Ce cadre est rendu nécessaire par la suppression des autorisations individuelles d'opérateur et, partant, par la suppression du lien qui existait entre ces autorisations et l'assignation des fréquences. 

L'article L. 42-1 précise les conditions d'assignation des fréquences par l'Autorité de régulation des télécommunications. Il définit en particulier les obligations qui peuvent être attachées aux fréquences. 

Dans le cas où la rareté des fréquences impose de limiter le nombre de titulaires d'autorisations d'utilisation des fréquences, les conditions d'attribution, de modification et de renouvellement des autorisations seront fixées par le ministre chargé des communications électroniques sur proposition de l'Autorité de régulation des télécommunications (article L. 42‑2). 

Ces fréquences seront assignées à l'issue d'appels à candidatures conduits par l'Autorité de régulation des télécommunications. 

Dans ce cas, la possibilité de déroger au code du domaine de l'État en ce qui concerne le calendrier de versement des redevances est prévue. Cette disposition ouvre la possibilité de recourir à des enchères pour l'assignation de certaines fréquences ou bandes de fréquences, parmi les fréquences dont l'assignation est confiée à l'Autorité de régulation des télécommunications (article L. 42-2). 

Par ailleurs, le projet de loi ouvre la possibilité d'autoriser des marchés secondaires pour certaines des fréquences ou bandes de fréquences affectées à l'ART (article L. 42-3). Ces marchés secondaires permettront aux entreprises qui le souhaitent d'acquérir des « droits d'usages » sur le spectre auprès d'autres entreprises dans l'objectif d'une plus grande efficacité économique globale. 

Les bandes de fréquences concernées par les marchés secondaires seront définies par le ministre chargé des communications électroniques. 

La mise en place d'un marché secondaire des fréquences nécessite un encadrement précis. Le projet de loi impose donc la notification préalable de toute cession à l'ART et, dans le cas des fréquences assignées à l'issue d'appels à candidatures ou pour l'exécution du service public, l'autorisation préalable de l'Autorité. La cession des droits d'usage s'accompagnera du transfert des obligations afférentes et devra respecter l'harmonisation des bandes de fréquences définie au niveau européen. Les modalités de fonctionnement des marchés secondaires seront précisées par un décret en conseil d'État. 

3° L'Agence nationale des fréquences  

La création, en 1997, de l'Agence nationale des fréquences (ANFR) a considérablement amélioré l'efficacité de la gestion des fréquences en France. 

Le présent projet de loi apporte quelques précisions quant aux missions et au fonctionnement de l'ANFR.

En particulier, il confirme le rôle clé de l'agence en matière de contrôle de l'exposition du public aux champs électromagnétiques. Dans cette optique, l'ANFR aura le pouvoir de s'opposer à tout projet d'installation d'une station radioélectrique qui ne respecterait pas les valeurs limites fixées par décret (article L. 43). 

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II. - MODIFICATIONS RELATIVES A LA RADIO ET A LA TÉLÉVISION  

Le projet de loi procède, à titre principal, aux adaptations nécessaires du droit français de l'audiovisuel pour le mettre en conformité avec le nouveau cadre juridique communautaire sur les communications électroniques. Ce faisant, il assouplit le régime juridique applicable aux opérateurs publics et privés, et procède à une modernisation des conditions de la régulation dont le Conseil supérieur de l'audiovisuel a la charge. Tenant compte des propositions formulées dans le rapport complémentaire remis par M. Michel Boyon au Premier ministre le 28 février dernier, le projet de loi comporte également des dispositions destinées à favoriser et à soutenir le développement des télévisions locales.  

Le titre II du projet de loi, comprenant les articles 27 à 88, comporte des modifications importantes de la loi n° 86-1067 du 30 septembre 1986 relative à la liberté de communication.  

A. - Le Conseil supérieur de l'audiovisuel est compétent sur tous les services de radio et de télévision, quel que soit leur mode de transmission et de diffusion. 

1° Le champ de la régulation par le Conseil supérieur de l'audiovisuel est modernisé et précisé.  

Les articles 27 et 30 réorganisent les missions générales dont le Conseil supérieur de l'audiovisuel est investi avec pour objectif d'affirmer sa compétence de principe à l'égard des services de radio et de télévision, quels que soient les réseaux utilisés.  

La régulation des contenus, destinée à garantir notamment le respect du pluralisme et la protection des mineurs, s'applique ainsi à tous les réseaux de communications électroniques dès lors qu'ils sont utilisés pour transporter et distribuer des programmes de radio ou de télévision, le projet de loi supprimant notamment, dans plusieurs articles de la loi, les références aux seuls réseaux câblés audiovisuels.  

Le projet de loi propose d'étendre les pouvoirs du Conseil supérieur de l'audiovisuel en matière de régulation économique dans le secteur audiovisuel. Il vise à confier au Conseil des pouvoirs de règlement des litiges entre éditeurs et distributeurs de services en cas d'atteinte aux principes fondateurs de laloi du 30 septembre 1986 et en particulier au pluralisme (article 36). Ces nouvelles compétences s'exerceront dans le respect des prérogatives du Conseil de la concurrence et de l'Autorité de régulation des télécommunications.

L'effectivité de ce dispositif de règlement des litiges est renforcée par l'introduction d'une procédure d'urgence et la possibilité pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel de prononcer des mesures conservatoires lorsque le différend porte une atteinte grave et immédiate à la liberté de communication. Au regard des principes qu'il s'agit de protéger, les recours contre ces décisions seront portés devant le Conseil d'État (articles 70 à 72).  

Afin de donner au Conseil supérieur de l'audiovisuel tous les moyens nécessaires au bon exercice de ses missions, il est également prévu de renforcer ses pouvoirs d'investigation (article 37).  

Les missions du Conseil supérieur de l'audiovisuel sont précisées pour la radio et à la télévision dans les trois domaines suivants : la protection de l'enfance et de l'adolescence (article 33), le pluralisme de l'information (article 34) et les relations entre le droit de la concurrence et le droit de l'audiovisuel (articles 35 et 66). 

2° Les procédures d'attribution de la ressource radioélectrique sont modernisées.  

Le projet de loi procède à plusieurs adaptations des procédures d'attribution par le Conseil supérieur de l'audiovisuel de la ressource radioélectrique hertzienne terrestre aux services de radio et de télévision.  

Pour l'ensemble des appels aux candidatures, le délai d'instruction ne pourra excéder huit mois (article 42), l'autorité administrative indépendante devant procéder à une consultation publique préalable des acteurs concernés sur les modalités de l'appel dès que les décisions d'autorisation sont susceptibles de modifier de façon importante le marché en cause (article 51).

Afin d'assurer la pleine effectivité de cet objectif en réduisant les délais d'instruction des procédures d'attribution des fréquences pour les services de radio, l'article 43 permet au Conseil supérieur de l'audiovisuel de publier le plan de fréquences préalablement au lancement de l'appel aux candidatures, à l'instar de la procédure aujourd'hui prévue pour la télévision.  

L'article 44 ouvre la possibilité d'étendre le rôle des comités techniques, aujourd'hui restreint au secteur radiophonique, aux télévisions locales s'agissant de l'instruction des demandes d'autorisation et du suivi de leurs obligations.

 Prenant acte de la pratique suivie par le Conseil, les articles 45 et 46 inscrivent dans la loi la phase de recevabilité des candidatures en matière de télévision analogique et numérique.  

En matière radiophonique, l'article 52 ouvre également au Conseil supérieur de l'audiovisuel la possibilité de motiver ses décisions de refus par référence à un rapport de synthèse, dans un souci de simplification des procédures.

Afin de mieux suivre les évolutions du secteur de la radio, l'article 68 ouvre enfin au Conseil supérieur de l'audiovisuel la possibilité de donner son agrément à un changement de catégorie ou de titulaire d'autorisation afin d'introduire une fluidité aujourd'hui interdite par la jurisprudence du Conseil d'État. Cette possibilité n'est toutefois ouverte que là où elle est souhaitable, c'est-à-dire entre les catégories C (franchises de réseaux nationaux), D (réseaux thématiques musicaux) et E (services généralistes à vocation nationale) ; le projet de loi prend soin en revanche d'exclure tout changement de catégorie en ce qui concerne les radios associatives (catégorie A) et indépendantes (catégorie B), dont la contribution au pluralisme de l'expression radiophonique et la relative fragilité justifient un traitement particulier. 

B. - Le régime juridique des opérateurs publics et privés est assoupli.  

1° Les régimes applicables à la distribution de services sont harmonisés.  

La loi du 30 septembre 1986 soumet aujourd'hui à autorisation préalable des communes ou groupements de communes l'établissement des réseaux câblés. L'exploitation des réseaux ainsi établis est également soumise à un régime d'autorisation par le Conseil supérieur de l'audiovisuel sur proposition des communes. Toutefois, la loi soumet à simple régime déclaratif l'exploitation d'une offre de services de télévision par satellite ainsi que l'exploitation des réseaux câblés de petite taille.  

Le projet de loi réforme ce dispositif en lui apportant des simplifications notables.  

Il met fin, en premier lieu, au régime d'autorisation préalable par les communes ou groupements de communes pour l'établissement des réseaux câblés. L'établissement de ces infrastructures bénéficiera du régime mis en place par le nouvel article L. 33-1 du code des postes et télécommunications.  

Le projet de loi définit, en deuxième lieu, un régime de distribution de services harmonisé pour l'ensemble des supports de communication. La télévision numérique de terre demeure toutefois en partie exceptée de cette évolution pour tenir compte de la rareté de la ressource hertzienne terrestre, qui appelle des dispositions spécifiques.  

Ainsi, l'article 57 soumet à simple déclaration préalable auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel toute mise à disposition auprès du public d'une offre de services de communication audiovisuelle comportant des services de radio et de télévision sur un réseau n'utilisant pas des fréquences assignées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Cette déclaration a pour but de permettre à ce dernier de s'assurer que de telles offres de services sont conformes aux principes régissant la communication audiovisuelle, et notamment à celles tenant au pluralisme des courants d'expression socio-culturels et à la protection des mineurs.  

Pour les distributeurs desservant moins de 100 foyers, cette déclaration est en outre supprimée, dans un souci de simplification administrative.

Le projet de loi vise ainsi à mettre fin aux différences entre les régimes du câble et du satellite cependant que pourront être prises en compte les nouvelles formes de distribution de services, telles que l'utilisation de la technologie ADSL pour la distribution de la télévision. Ces technologies se présentent en effet comme potentiellement concurrentes ou complémentaires des offres désormais traditionnelles du câble et du satellite, et doivent donc pouvoir être appréhendées par le droit de l'audiovisuel.  

Les articles 58 et 59 définissent les types de services dont les distributeurs sont tenus d'assurer la retransmission auprès de leurs abonnés.  

Pour les réseaux autres que satellitaires, elle concerne, dans des limites et conditions fixées par décret, la reprise des services diffusés par voie hertzienne terrestre normalement reçus dans la zone, TV5 et les canaux locaux. Le projet de loi introduit toutefois plusieurs assouplissements pour ces réseaux : l'obligation de reprise ne concerne que les réseaux utilisés par un nombre significatif de téléspectateurs comme un de leurs principaux modes de réception sur leur zone de desserte, selon des critères définis par le Conseil supérieur de l'audiovisuel. Est ainsi introduit dans le droit interne le critère prévu par l'article 31 de la directive n° 2002/22/CE du 7 mars 2002 concernant le service universel et les droits des utilisateurs au regard des réseaux et services de communications électroniques, dite directive « service universel ».  

En outre, le projet de loi renforce les pouvoirs de régulation du Conseil supérieur de l'audiovisuel en cette matière en prévoyant que l'autorité de régulation arrête chaque année la liste des distributeurs de services et des réseaux ou catégories de réseaux soumis à l'obligation de reprise. Le décret définira également les raisons pour lesquelles il pourra accorder des dérogations à cette obligation de reprise, notamment pour les canaux locaux.  

L'article 60 reprend la possibilité de fixer une proportion, précisée par décret, de chaînes indépendantes que tout distributeur de services est tenu de mettre à disposition de ses abonnés.  

Les articles 83 à 85 tirent enfin les conséquences de ce nouveau dispositif en matière pénale.  

Le régime de la distribution de services est également assoupli par la suppression des dispositions qui limitent l'exercice de cette activité (articles 62 à 64). Est ainsi supprimée la limitation à huit millions d'habitants des zones qu'un même câblo-opérateur pouvait desservir. Un obstacle important au développement du câble en France sera ainsi levé, ouvrant de nouvelles perspectives économiques à l'activité de câblo-distribution. En outre, dans un souci de mise en cohérence de l'ensemble du dispositif, la distribution de services ne sera plus prise en considération pour l'application des règles de concentration pluri-médias édictées aux articles 41-1 à 41-2-1 de la loi du 30 septembre 1986. Dans ces deux cas, les règles du droit commun de la concurrence s'appliqueront. 

2° Le régime applicable à certains services est assoupli.  

Pour les services exclusivement diffusés en dehors d'Europe, l'article 54 permet d'envisager des dérogations au régime relatif au contenu de la programmation par le décret prévu à l'article 33 de la loi de 1986.

Pour les services de communication audiovisuelle autres que de radio et de télévision, est en particulier ouverte par l'article 50 la possibilité pour le Conseil supérieur de l'audiovisuel d'autoriser leur diffusion par voie hertzienne terrestre sur les bandes affectées au Conseil supérieur de l'audiovisuel indépendamment d'un service de radio et de télévision, selon une procédure fixée par décret en Conseil d'État.  

Ces services ne sont soumis qu'à des prescriptions minimales tenant, essentiellement, à la distinction entre la publicité et le reste du programme et à la mise à disposition auprès du public des éléments d'identification éditoriale ainsi qu'au tarif applicable lorsque le service donne lieu à rémunération (articles 30, 33 et 75).  

En outre, certains services de radio et de télévision à faible chiffre d'affaires sont exonérés de l'obligation de conclure une convention avec le Conseil supérieur de l'audiovisuel (article 74).  

Enfin, la déclaration préalable pour les services de communication interne à une entreprise ou à un service public est supprimée (article 74).  

3° Le développement des services locaux est favorisé.  

Le projet abroge le plafond de 50 % pour la participation au capital d'une télévision locale (article 61).  

Afin de favoriser le déploiement de la télévision numérique terrestre, le projet propose également d'assouplir la règle interdisant de cumuler une autorisation nationale et une autorisation locale. L'interdiction ne concerne plus que les services nationaux réalisant une audience supérieure à 2,5 % de l'audience totale des services de télévision qui ne pourraient détenir un service local en mode analogique (article 62).  

Le projet met en cohérence les différents seuils applicables aux télévisions locales en relevant le plafond de cumul de plusieurs autorisations locales de six à douze millions d'habitants (article 62) et en retenant ce même seuil pour l'application du dispositif anti-concentration à ces services (article 65).  

Le projet prévoit également dans son titre III de lever les restrictions pesant sur la création de chaînes locales par les collectivités locales et leurs groupements (article 90). Les articles 45 et 46 tirent les conséquences de cette amélioration en prévoyant la possibilité pour les sociétés d'économie mixte locale de répondre aux appels à candidatures terrestres lancés par le Conseil supérieur de l'audiovisuel.  

4° Le déploiement de la télévision numérique terrestre est encouragé.  

Afin de faciliter le déploiement de la télévision numérique terrestre, le projet de loi propose de porter de cinq à sept le nombre d'autorisations nationales en mode numérique qui peuvent être détenues par une même personne physique ou morale (article 62).

C. - Le marché de la diffusion technique hertzienne terrestre est plus largement ouvert à la concurrence.  

Par-delà les mesures adoptées au sein du code des postes et télécommunications, la transposition des directives, en particulier de la directive relative à la concurrence dans les marchés des réseaux et des services de communications électroniques, implique de supprimer le monopole dont bénéficie actuellement la société Télédiffusion de France pour la diffusion par voie hertzienne terrestre en mode analogique des sociétés nationales de programme.  

La mention dans la loi de cette société est supprimée par voie de conséquence (article 79) ce qui permet à son statut de tomber complètement dans le droit commun et de créer les conditions d'une concurrence égale.  

Les obligations autrefois imposées à cette société, tenant à la défense nationale, à la sécurité publique et aux communications du Gouvernement en temps de crise, pourront être directement imposées aux sociétés nationales de programmes (article 77), mais également à toute société assurant leur diffusion hertzienne terrestre (article 80).  

D. - Modifications diverses 

En premier lieu, divers articles tirent les conséquences sémantiques des directives dont la transposition est ainsi assurée afin d'harmoniser les expressions employées dans le code des postes et des communications électroniques et la loi du 30 septembre 1986. Ainsi, le titre II de la loi, relatif aux services de communication audiovisuelle (article 38), traitera dorénavant en son chapitre I er des services utilisant la voie hertzienne et, dans son chapitre II, l'ensemble des services sur des réseaux n'utilisant pas des fréquences assignées par le Conseil supérieur de l'audiovisuel (article 88).  

En second lieu, diverses améliorations rédactionnelles et techniques sont apportées à la loi du 30 septembre 1986.  

Par souci de clarté, l'expression : « radiodiffusion sonore » est remplacée par le mot : « radio » dans l'ensemble de la loi de 1986 (article 88).  

Enfin, l'article 76 supprime l'obligation qu'un représentant de l'État soit commun aux conseils d'administration de la société France Télévision et de ses filiales France 2, France 3 et La Cinquième. Une telle disposition est en effet apparue superflue, la coordination des positions prises par les représentants de l'État pouvant être assurée selon des modalités plus souples et plus efficaces. 

E. - Dispositions modifiant des textes de forme législative autres que la loi du 30 septembre 1986.

Le titre III du projet de loi, comportant les articles 89 à 99, apporte diverses autres modifications de nature législative concernant principalement l'audiovisuel.

L'article 89 insère dans le code de la consommation des dispositions destinées à renforcer la protection des utilisateurs de services de communications électroniques en définissant précisément les clauses minimales qui devront figurer dans les contrats conclus entre les opérateurs et les consommateurs et en encadrant les conditions dans lesquelles ces contrats peuvent être modifiés.  

L'article 90 modifie le code général des collectivités territoriales afin notamment de prévoir la possibilité pour les collectivités territoriales et leurs groupements de créer des services locaux.  

Les articles 93 et 94 tirent les conséquences du nouveau cadre juridique communautaire s'agissant du droit de la copropriété et de l'installation d'antennes réceptrices. Ils prennent en compte les modifications sémantiques induites par la modification de la loi du 30 septembre 1986 et assurent une égalité de traitement de l'ensemble des supports collectifs de réception de programmes.  

L'article 95 modifie la loi du 2 juillet 1990 relative à l'organisation du service public des postes et des communications électroniques avec pour objectif de moderniser les dispositions relatives à la Commission supérieure du service public des postes et télécommunications - qui concernent de plus en plus l'ensemble du secteur et sont donc transférées dans le code des postes et des communications électroniques.  

Pour les services de télévision terrestre autorisés antérieurement à la loi du 1er août 2000 et dont la reprise en « simulcast » a été autorisée dans le cadre de la télévision numérique de terre, la prorogation de l'autorisation de cinq ans prévue par l'article 82 de la même loi est conditionnée à la reprise effective du service en mode numérique (article 97).  

Le titre IV du projet de loi porte enfin plusieurs dispositions transitoires et finales (articles 100 à 104). En particulier, l'article 102 accorde aux distributeurs de services un délai de trois mois à compter de la présente loi pour procéder à la déclaration prévue auprès du Conseil supérieur de l'audiovisuel ; l'article 101 accorde un délai de six mois pour procéder à la mise en conformité des conventions conclues entre les communes et les câblo-opérateurs avec les dispositions nouvelles de l'article L. 33-1 du code des postes et des communications électroniques.  

 


 


 

 

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